Observatoire
des
Nuisances Aériennes


Bureau d’études des nuisances aériennes
(Association loi 1901)
2, rue des Roblines
91310 LINAS
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Fax : 01 69 01 70 52 - www.nuisances-aeriennes.com
e-mail : jumboroger@aol.com

3° Aéroport :
Audition d’ONA par la Mission d’information parlementaire
sur la politique du Transport Aérien français et la politique aéroportuaire

9 avril 2003

Faut-il un 3éme aéroport dans le Bassin parisien ?

Nous avons réfléchi de façon approfondie sur ce problème et conclu qu’un 3éme aéroport était indispensable dans le Bassin Parisien. Nous allons essayer de vous faire partager nos convictions.

Quelle croissance du trafic prévisible d’ici 20 ans ?

Depuis 1970, le trafic mondial du Transport Aérien a crû de 6,2% en moyenne annuelle, avec un trou temporaire lors de la guerre du Golfe

Le trafic France a été multiplié par 3 en 20 ans

Croissance estimée en Europe d’ici 2015 :

* Boeing : 4,8%
* IATA (International Airlines Transport Association) : 4,3%
* Air France :5%

Il est probable que la guerre d’Irak va produire les mêmes effets que celle du Golfe, en provoquant une stagnation du trafic d’environ deux ans, mais qui ne remettra pas en cause la croissance du transport aérien.

Les facteurs favorables à la croissance :

* Seulement 22% des Français ont pris au moins une fois l’avion
* La Chine développe son transport aérien sur une croissance annuelle de l’ordre de 15%. Deux sur trois des produits fabriqués dans le monde le sont en Chine. Les Chinois représentent un habitant de la planète sur 5.
* Elargissement de l’Europe
* Effet HUB de Roissy, qui lui permet de prendre des parts de marché

Quelles sont les limites techniques de CDG (Charles de Gaulle) et ORY (Orly) ?

Charles de Gaulle et Orly dans le classement mondial des aéroports

 

Trafic de passagers 2001

(en millions)

Mouvements (en milliers)

1

Atlanta (USA)

76

Atlanta

890

2

Chicago

67

Chicago

890

3

Los Angeles

62

Dallas

783

4

Londres (Heathrow)

60

Los Angeles

738

5

Dallas

55

Phoenix

548

6

Francfort

49

Paris (CDG)

515

7

Paris (CDG)

48

Denver

508

8

Amsterdam

39

Londres Heathrow

458

9

Denver

36

Francfort

456

10

Phoenix

35

Amsterdam

416

11

Londres (Gatwick)

31

Madrid

375

12

Madrid

28

Munich

322

13

Rome (Fiumicino)

26

Zurich

309

14

Munich

24

Bruxelles

306

15

Paris Orly (ORY)

23

Rome(Fiumicino)

284

16

Zurich

21

Paris Orly (ORY)

230

Source SalomonSmithBarney Hub Factbook 2002

En 2002 :          CDG ressemble à Atlanta, qui réalise 900.000 mouvements et 75 Millions de passagers.CDG actuel = 501.000 mouvements. Avec quelques aérogares supplémentaires, les 4 pistes de CDG lui permettent de rejoindre les 900.000 mouvements annuels d’Atlanta. Un maximum de 80 millions de passagers correspondrait à ce nombre de mouvements.

En 2002 :          ORY = 207.000 mouvements et les 2 pistes permettent un trafic semblable à celui de Londres Heathrow, qui dispose aussi de 2 pistes et produit 460.000 mouvements

La limitation annuelle est à 250.000 créneaux horaires, que le Ministre des Transports s’est engagé à maintenir le 25 juillet 2002, tout comme le couvre feu.

 

Où en serons nous dans une quinzaine d’années ?


Il est probable qu’aucun gouvernement n’acceptera une limitation du trafic aérien, qui se ferait aux dépends d’une économie française déjà attardée par rapport à la plupart des autres pays européens.

1 million de passagers = 1500 emplois directs et 2000 autres induits 
Il faut 15 ans pour construire un aéroport. Durant ce délai, il sera donc inéluctable de constater une augmentation du trafic sur CDG et sur ORY.
Que l’on construise le 3ème aéroport ou pas.  

Sur Roissy

Avec la croissance de 4,3% envisagée par IATA, qui est la plus basse des analyses des bureaux de prospective, les 80 millions de passagers seraient atteints en 2014. En tenant compte d’un ralentissement temporaire dû à l’Irak, c’est probablement un peu plus tard que ces 80M seront atteints

Sur Orly

Il est probable que dans quelques années, le Gouvernement du moment estimera nécessaire de déplafonner les créneaux horaires d’Orly.Le 28 janvier 2002, le Conseil Général du Val de Marne a voté l’acceptation des travaux d’une 3ème aérogare à Orly

Une certaine augmentation du trafic est possible par la seule augmentation de l’emport de passagers, mais il ne faut pas en attendre de miracles. Si on veut relier des petites villes des Régions à Paris, on ne peut le faire qu’avec des avions adaptés au marché local, donc petits.

D’autre part, pour Air France, qui représente 56% du trafic sur Paris, Orly est un cul de sac, sans synergie avec Roissy. Il faudrait pour cela une ligne ferroviaire rapide et enterrée, qui serait très coûteuse et dont l’argent serait mieux utilisé à construire un 3ème aéroport.

Pour le développement du Transport Aérien au 21e siècle, il serait irréaliste de considérer Orly comme un pôle de développement. Les environs sont très urbanisés et le seront de plus en plus. Compte tenu de la montée en puissance du 3ème aéroport, il est logique de penser que dans une trentaine d’années, Orly sera fermé.

Cela n’empêchera pas d’autres activités de se développer sur ce terrain.

Le bruit des avions dans une quinzaine d’années

Dans les vingt prochaines années, la diminution du bruit des avions proviendra de :

- La disparition des avions du Chapitre 3, d’ici 2006, (avions du type B 747-200 ou 300).

- De la diminution du bruit des moteurs. Mais il est illusoire de penser que le progrès des moteurs entraînera une nette diminution du bruit. On arrive aux limites de la technologie et les progrès dans ce domaine deviennent très faibles. On était à 110 dBA avec les Caravelles, on est à 85 dBA avec les réacteurs actuels et nous serons à 80 dBA avec les réacteurs en fin de mise au point.

La diminution de bruit due au progrès technique sera donc marginale et il faudra attendre des dizaines d’années pour qu’un nouveau type de moteur radicalement différent du turboréacteur prenne la suite. On n’oubliera pas que dans le bruit d’un avion, le bruit aérodynamique des volets d’atterrissage et du train représente presque la moitié du bruit.

L’inanité d’un « indice sonore global pondéré annuel », qui viendrait se substituer aux limitations actuelles de 55 millions de passagers à CDG et 250.000 créneaux à Orly.

En ne faisant preuve que de bons sens, il est évident que, ni la diminution limitée du bruit des réacteurs, ni celle résultant de la mise à la casse des avions du chapitre 3 ne pourraient procurer une diminution du bruit de 80%, à trafic constant. Et c’est pourtant à ce chiffre qu’il faudrait arriver pour compenser sur CDG le passage des 501.000 mouvements en 2002 à 900.000 mouvements vers 2015. Même raisonnement sur ORY.

Il faut prendre les Français pour des adultes et leur dire la vérité. Les nuisances aériennes continueront à augmenter, durant le délai de construction d’un 3éme aéroport. Vouloir leur dissimuler cette réalité, éventuellement pour tenter de justifier une réponse négative au 3éme aéroport, serait les tromper.


Si un 3éme aéroport ne vient pas prendre le relais de la croissance vers 2015, les Franciliens auront droit à 6 pistes à Roissy


La Cour des Comptes pense que CDG+ORY peuvent absorber l’augmentation du trafic. Cet aréopage oublie simplement une chose : que fera-t-on quand les 2 terrains auront atteint leurs limites techniques de 900.000 mouvements à CDG et de 460.000 à ORY ?

Si on ne fait rien d’autre que constater le blocage en 2015, faute de trouver sur Paris la possibilité des vols qu’ils demandent, les passagers iraient les chercher à l’étranger, avec les conséquences sur l’économie et l’emploi inhérents à cette situation. Comme nous le verrons, il est irréaliste d’espérer transférer dans les Régions le surplus de croissance de Paris.

Il est déplorable que pour juger de l’opportunité d’un 3éme aéroport, cette Cour des « Sages » se soit satisfaite d’une vue aussi fragmentaire.

Sans 3éme aéroport, quand les capacités techniques de CDG+ORY seraient atteintes, la seule autre solution serait de 6 pistes à Roissy, contre 4 actuellement.

Il est techniquement possible de construire un troisième doublet au Nord Est du terrain

C’est le scénario catastrophe qui attend l’Ile de France, sans 3éme aéroport.

CDG avec 6 pistes, c’est :

1.300.000 mouvements/an (contre 501.000 en 2002) = 3500 avions/jour
Pointes à 4500 avions/jour
1 décollage ou atterrissage toutes les 15 secondes

ORY poussé à son maximum de 460.000 mouvements, c’est 1 mouvement toutes les 45 secondes pour 459.000 mouvements annuels

Ce serait un enfer environnemental. Pas seulement pour les riverains immédiats, mais aussi pour les millions de personnes qui se trouvent à des dizaines de km des aéroports.Pour le Gouvernement, cette solution de développer Roissy jusqu’à ses limites ultimes aurait une logique apparente, en coûts d’investissements économisés, car il est moins onéreux de construire des pistes supplémentaires que de construire un aéroport ex-nihilo.  

Mais ce serait une politique de facilité catastrophique pour l’avenir, car si on se place dans la perspective de l’aménagement du territoire, un horizon de 10 ou 15 ans, c’est déjà demain. Puisque « diriger, c’est prévoir », c’est à plusieurs dizaines d’années, qu’il faut situer cet horizon pour une construction aéroportuaire, comme on le fait par exemple pour les centrales nucléaires.

Il faut penser cet investissement dans la perspective de l’ensemble du 21ème siècle et non pas celle de ses premières années.

Les Franciliens accepteront sans doute une augmentation provisoire des nuisances aériennes, s’ils ont l’espoir de voir celles-ci diminuer ensuite, du fait de la construction d’une 3ème plate-forme. On peut faire une analogie avec la construction d’un métro, qui provoque beaucoup de nuisances temporaires, mais qui sont acceptées, parce qu’à la fin des travaux, la société dispose d’un progrès.

Mais il hors de doute que le mépris affiché à l’encontre des Franciliens, si on ne leur offrait que la seule perspective d’une augmentation considérable et continue des nuisances aériennes durant tout le 21ème siècle provoquerait une réaction de rejet des élus politiques qui auraient accepté cela.

Des mesures d’accompagnement à cet accroissement du bruit temporaire et inéluctable

1) Il est indispensable qu’un couvre-feu des grands aéroports internationaux soit installé à l’échelon de Bruxelles. Ce couvre-feu général éviterait la surenchère entre ces différents aéroports.

2) Définir des procédures anti-bruit jusqu’à 6000 pieds au moins (1700m sol), au lieu des 3400 pieds actuels, (900m Sol), ce qui ne pose aucun problème de réacteurs, ni de pilotage. Cela permettrait aux avions d’accélérer plus haut qu’actuellement pour rentrer leurs volets de décollage, à proximité immédiate du terrain.

Et d’autres mesures, que nous avons énoncées dans notre rapport intégral (www.nuisances-aeriennes.com).

 

Solution pour éviter ce désastre : une 3ème plate-forme qui serait appelée à être le pôle de développement du 21éme siècle.


Où serait situé cet aéroport ?

Pour l’instant, la question posée par le Ministre des Transports est seulement : « Faut-il un 3é aéroport ? »

 

QUELLES SONT LES CONDITIONS DU SUCCES POUR CET AEROPORT  ?


Un aéroport international n’aurait aucun succès, si les compagnies aériennes qui viendraient s’y installer devaient y enregistrer un échec commercial. Cette donnée essentielle ne doit jamais être perdue de vue dans ce débat.

Le succès commercial d’un grand aéroport international passe nécessairement par le système du HUB

Depuis 1993 où Air France était en quasi faillite, la compagnie s’est hissée au premier rang des compagnies européennes, devant Lufthansa, British Airways et KLM.Ce succès ne doit rien au hasard et repose sur la recette du Hub, qu’Air France a su mettre en application à Roissy de façon très performante.

Cette structure a été adoptée par toutes les grandes compagnies mondiales et elle est appelée à perdurer durant des dizaines d’années, car elle est un système astucieux et vertueux.

Principe du HUB

Constatant que dans la plupart des cas, les passagers locaux ne sont pas suffisants pour assurer la rentabilité de vols directs, le Hub consiste à concentrer sur un même aéroport le maximum de passagers pour aller sur une destination :

Imaginons un réseau de 4 aéroports à desservir, soit par un système « Point à point », soit par un HUB :

Pour un réseau de 200 destinations, il faut 39.800 vols pour relier les différentes destinations en vols directs « Point à point ». Si on passe par une plate-forme centralisatrice, le HUB, qui veut dire pivot, il ne faut plus que 398 vols, c’est à dire 100 fois moins.

Un impératif du succès du 3ème aéroport : une liaison rapide avec Roissy

Un faible temps de trajet entre les deux aéroports conditionnera le succès économique ou l’échec du nouvel aéroport.

La distance entre les deux aéroports conditionne le succès de la vente des billets, qui sont évidemment une donnée fondamentale d’une compagnie aérienne. Ceci peut paraître paradoxal et mérite une explication.

4 systèmes de réservation de billets électroniques co-existent sur la planète, appelés GDS (Global Destination System) et il serait inconséquent de penser que ce système va changer dans son principe dans les années futures. Les vols d’un point à un autre sont classés par temps de trajet total minimal. Les vols directs apparaissent donc en premier, puis les vols qui ont des temps d’escale intermédiaire les plus courts. Il y a quatre ou cinq pages informatiques par vol.

Il est vital d’être sur le premier écran affiché dans les agences de voyage ou les tours-opérateurs, car 80% des ventes se font sur cet écran, les écrans suivants n’étant consultés que de façon anecdotique.

Sur le premier écran qui apparaît aux agences de voyage, 60% des ventes se font sur les deux premières lignes.

Dans l’exemple ci-dessous d’un écran de réservation de septembre 1995, Air France apparaissait sur le 2éme écran et donc le vol avait peu de chances d’être vendu par les agences de voyage. On voit qu’à 5 minutes près, on passait sur le 1ér écran.

Le deuxième schéma ci-dessous montre qu’un effort important a été fait en 1996 sur le temps de correspondance à Roissy et le vol est maintenant programmé sur un temps total Milan-Montréal de 10h30 au lieu de 11h05. Et on se retrouve sur le premier écran avec de bonnes chances de vente.

Pour assurer un temps de correspondance minimal, une liaison ferroviaire TGV entre CDG et le 3éme aéroport est une nécessité impérieuse, faute de quoi aucune compagnie aérienne n’ira se fourrer dans pareil guêpier.

Si les passagers doivent subir des temps de correspondances exagérés, ils iront tout simplement à leur destination finale en utilisant Francfort, Amsterdam ou Londres.

Les services commerciaux d’Air France considèrent qu’une plate-forme additionnelle doit être accessible dans un temps de trajet de 20 minutes (départ - arrivée), c'est-à-dire environ 70km en TGV. Ainsi, le système de vente serait préservé et l’existence du Hub non compromise.

Un temps d’escale réduit au minimum est donc une donnée fondamentale dans la concurrence entre les Hubs européens, qui aboutit à être sur le marché ou à l’écart.


QUELLES SONT LES ERREURS A EVITER POUR UN 3° AEROPORT ?

Nous allons critiquer quelques idées reçues, qui semblent séduisantes, mais qui conduiraient à un échec commercial et qu’il faut donc abandonner définitivement, sous peine de réaliser des investissements très lourds à des endroits où ils ne serviraient à rien.

L’illusion d’un transfert de la croissance de Paris vers les Régions

Cette option a été largement développée dans un rapport du Consultant MVA, commandité par le Conseil Général de la Somme et les opposants au site de Chaulnes.

MVA est une filiale à 100% de la SNCF et de la RATP !

Ce consultant lobbyiste du transport ferroviaire propose d’assurer la croissance du trafic aérien par le biais du développement de Hubs régionaux sur Lyon, Toulouse et Nantes, qui seraient « une solution alternative et équilibrée », pour assurer l’essentiel du trafic additionnel à prévoir dans les 20 prochaines années. Cette idée peut sembler d’abord séduisante et conforme aux objectifs de décentralisation.

Elle a pour seul défaut d’oublier que c’est la demande qui crée l’offre, et non l’inverse, et de ne pas être viable économiquement.

·         On jouerait négativement sur les trois effets positifs d’un Hub : prix, fréquences, multiplication des destinations.

·         Désormais, ce ne sont plus les planificateurs étatiques qui dessinent les réseaux, mais les compagnies aériennes, qui se doivent de suivre les marchés, si elles ne veulent pas aller à  la faillite.

Beaucoup d’élus politiques pensent que Paris est une pieuvre qui centralise le trafic international, au détriment des aéroports des Régions :

En fait, le trafic international de et vers les Régions passe actuellement minoritairement par Paris.Les passagers internationaux de la Province utilisent pour :

En définitive, 59% du trafic Régions - Etranger ne passe pas par Paris et vouloir transférer la croissance en Région pour corriger une anomalie repose donc sur des données fausses.

Il n’existera pas en France un autre HUB intercontinental autre que celui de Paris : Pourquoi ?

Plus la région est riche et peuplée et plus l’offre peut être attractive. Mais ce n’est relativement pas le cas de la France en Europe.

La France n’est plus un pays riche

Entre 1992 et 2001, notre pays est passé de la 3éme à la 10éme place de l’Europe des 15 pour le PIB / habitant, après être tombé à la 12éme place en 1998.

Aucune région, pas même l’Ile de France, ne fait partie des régions riches au sens européen (+25% par rapport à la moyenne CEE).

* Région Rhône-Alpes : 56éme rang européen
* Région Midi-Pyrénées : 96éme rang

Peu de grandes viles en France

Parmi les 300 villes européennes de plus de 200.000ha, 65 sont situées au Royaume-Uni, 40 Allemagne, 21 Espagne et 17 en Italie. La France ne compte que 10 villes de plus de 200.000 habitants.

Il en résulte l’impossibilité de créer d’autres HUBS intercontinentaux, faute d’un trafic local suffisant

Nous avons vu qu’une masse critique de trafic local est indispensable, pour l’existence d’un HUB intercontinental, et celle-ci repose sur la quantité de population susceptible d’accéder à l’aéroport dans un délai de 2 heures. On définit ainsi une zone de chalandise.

Zones de chalandise

Aéroports

Régions administratives

Population (millions d’habitants)

Total zone de chalandise

(Millions d’habitants)

Paris

Ile de France

Picardie

Normandie

Nord

Champagne

Centre

11

1,8

3

4

1,4

2,3

23,5

Lyon

Rhône-Alpes

Bourgogne

Franche-Comté

Auvergne

Limousin

5,5

1,6

1

1,3

0,7

10,1

Toulouse

Midi-Pyrénées

Languedoc-Roussillon-Aquitaine

2,4

2,1

2,8

7,2

Nantes

Pays de Loire

Bretagne

Poitou-Charentes

3

3

1,6

7,6

Cette notion de zone de chalandise se reflète dans les résultats en trafic de passagers des aéroports de Lyon, Toulouse et Nantes :

Trafics comparés de Lyon, Toulouse et Nantes avec les principaux aéroports européens

Aéroports

Année 2000

Trafic de passagers

(millions de passagers)

Londres (Heathrow+Gatwick)

91

Paris (Roissy+Orly)

73

Francfort

49

Madrid

34

Rome

25

Munich

23

Barcelone

21

Manchester

19

Milan Malpensa

19

Birmingham

8

Glasgow

7

Lyon

5,8

Toulouse

5

Nantes

1,8

TOULOUSE ET NANTES

La faiblesse du trafic de passagers de Toulouse et Nantes interdit l’existence de la masse critique nécessaire à un HUB intercontinental.

Un échec retentissant sanctionnerait des investissements lourds qui voudraient ignorer ces réalités incontournables.

LYON ST EXUPERY

Lyon dispose de toutes les infrastructures nécessaires, 2 pistes, aérogares, accès routiers et gare TGV. Mais le trafic peine à se développer, à moins de 6 millions de passagers annuels et 115.000 mouvements, loin derrière les deuxièmes plates-formes européennes de Munich (23M de passagers) pour l’Allemagne ou de Manchester (21M de passagers) pour le Royaume-Uni.

Lyon est la 2éme région économique française et réalise déjà 55% de son trafic vers l’international.

Il y a une impossibilité pour Lyon de concurrencer les autres HUBS européens

Les passagers de Lyon utilisent largement les possibilités d’accès aux autres HUBS, notamment ceux de Francfort (12%), Amsterdam (10%) et Zurich (7%). Les passagers bénéficient donc pleinement du choix concurrentiel, avec des temps d’accès à ces HUBS étrangers du même ordre que ceux pour Paris.

Vouloir concurrencer les Hubs étrangers pour les vols intercontinentaux serait hors de portée pour Lyon, car toute tentative de cet ordre se heurterait à une concurrence déjà solidement installée des HUBS de Francfort, Zurich et Amsterdam, qui viennent actuellement capter efficacement la clientèle de Lyon pour la rabattre chez eux.

L’attractivité d’un HUB dépend du nombre de destinations proposées

Ce qui fait l’attrait des HUBS européens ou surtout de Roissy pour les Lyonnais, c’est le nombre de destinations accessibles :

* Roissy Charles de Gaulle : 15.000 destinations possibles
* Francfort : 9.000
* Heathrow : 4.000

La création d’un HUB intercontinental à St Exupéry ne pourrait procurer qu’un nombre considérablement plus réduit de destinations et rend illusoire son développement.

Les compagnies aériennes ne s’engageront donc pas dans un échec garanti.

Quand on veut ignorer le marché, on va à l’échec

La compagnie Delta Airlines, 3éme mondiale, avait lancé une ligne Lyon-New-York, qu’elle a dû fermer en moins de 2 ans, parce qu’elle était déficitaire.

Le projet farfelu des autorités aéroportuaires de St Exupéry

Malgré ces handicaps incontournables, l’Aéroport de Lyon a produit un rapport de 48 pages, prévoyant 4 pistes, pour un investissement de 1,9 Milliards €. Il est envisagé de multiplier par 6 le trafic en 12 ans, pour le porter à 30 millions de passagers en 2015 !

Ce projet est le parfait exemple d’un échec assuré, sachant que cet aéroport n’enregistre qu’un trafic stagnant à 5,8 millions de passagers / an. Cette hypothèse de 30 millions de passagers en 2015 impliquerait un taux de croissance de 15%/an, c’est là un objectif inaccessible à Lyon, mais qui n’a jamais été réalisé non plus sur aucun aéroport international dans le monde.

Rappelons une fois de plus que c’est la demande qui doit créer l’offre, sinon, on va à la faillite !

Quand on est comptable des deniers publics, on ne crée pas de l’offre, là où il n’y a pas de marché. 

Vouloir casser le Hub de Roissy serait donc une impasse catastrophique, qui aboutirait à réaliser des investissements lourds à des endroits où ils seraient inutilisés et à ne pas en disposer là où ils auraient un succès.

Les perspectives de transfert d’une partie du trafic aérien vers le rail sont modérées

Il est évident que le TGV a pour effet de capter une partie de la clientèle avion. Les compagnies aériennes et la SNCF doivent s’employer à développer le trafic inter modal entre ces deux moyens de transport.

Le TGV est très adapté pour le transport de ville à ville et est très attractif jusqu’à environ 3 heures de trajet. Par contre, le TGV est inadapté à l’acheminement des passagers en correspondance avion à Paris, pour des raisons d’inconfort dans les liaisons ville-aéroport et de durée du transport.

Exemple : Marseille aéroport ou gare - Roissy = 2h25 en avion et 4h25 par le TGV

De plus, en avion, les bagages sont enregistrés à Marseille jusqu’à la destination finale.

Cet exemple montre clairement que pour les distances de cet ordre, et sauf à mettre au point une procédure sans rupture de charge, l’idée de vouloir transférer sur le rail des passagers devant prendre une correspondance avion à Paris se heurtera à un refus des passagers, qui sont les décideurs. Cet état de fait sera encore plus patent, si aucune liaison n’est créée pour raccorder efficacement le TGV aux aéroports parisiens.

Selon les analyses entérinées par la commission Ducsai lors de l’étude sur le 3éme aéroport en 2001, 5 à 8 millions de passagers seraient susceptibles en 2020 d’utiliser l’inter modalité rail-avion.

L’apport TGV n’est donc pas de nature à pouvoir écarter la nécessité d’augmenter à terme la capacité aéroportuaire du Bassin Parisien (+70 millions de passagers sur CDG-ORY d’ici 2020 selon la DGAC).

Vatry : impasse pour le fret aérien comme pour le trafic de passagers

De multiples associations de riverains ou certains élus politiques partagent la fausse bonne idée de transférer à Vatry le fret, La Poste et le maximum d’activité de passagers. Aucune compagnie aérienne ne s’engagera dans cette impasse. Pourquoi ?

Les liaisons entre Roissy et Vatry

La distance à vol d’oiseau entre les deux aéroports est de 120km. L’accès par les départementales est impraticable.L’accès par autoroute nécessite de passer par Reims et sa traversée encombrée, ce qui place les deux aéroports à 180km l’un de l’autre, en ayant à passer au départ par une A4 dont on connaît les embouteillages actuels et à venir.

Il n’existe pas de liaison par voie ferrée entre les deux aéroports. Il serait nécessaire de créer une ligne TGV spécifique, mais qui ne pourrait relier les deux aéroports dans un délai de temps qui permettrait de garder une durée de correspondance qui serait concurrentielle.

Pour le transport de passagers, l’existence d’une synergie entre deux aéroports éloignés est une utopie. Vatry est trop loin de Roissy pour pouvoir être exploité en synergie

Il n’existe aucun avenir pour un nouvel aéroport dans le Bassin Parisien, indépendant du Hub de Roissy, et dont on voudrait faire un puissant Hub intercontinental lui-même, puisqu’il n’existe aucune perspective de voir une deuxième zone de chalandise s’y créer.

L’impossibilité qu’il y aurait donc à utiliser Vatry ET Roissy pour les passagers tient au fait que l’on ne peut assurer le principe du Hub sur deux aéroports, s’ils n’ont pas un temps de liaison très faible pour les relier.

Après 5 ans d’existence, Vatry totalise annuellement 1000 mouvements d’avions commerciaux, si on exclut les vols d’entraînement, (Source : Chambre de Commerce de la Marne), contre plus de 700.000 pour le tandem Orly-Roissy.

Si cet aéroport suscitait l’engouement des compagnies aériennes, elles y seraient déjà, car elles ne vont que là où elles sont susceptibles de réaliser des profits. Quand on travaille avec des marges bénéficiaires de 1%, c’est une ardente obligation !

Avec un temps trop long pour assurer la correspondance, il n’y aurait pas d’autre solution que de doubler les vols qui apportent au HUB les passagers complémentaires, en provenance des Régions ou de l’Etranger.

Ces doubles vols sur CDG et le 3ème aéroport seraient un non sens économique et environnemental.

Aucune compagnie aérienne n’ira donc se mettre dans une telle situation.L’idée de deux Hubs de passagers sur Roissy et Vatry est donc fumeuse.

Le fret répond aussi à une logique de Hub, qui ne peut s’exercer sur deux plates-formes éloignées

Il n’y a aucune différence de système entre les passagers et le fret, à l’exception de ce que l’on transporte. Les entreprises qui utilisent le fret aérien le font sur des marchandises à fortes valeurs ajoutées, qui justifient l’existence de flux tendus. Pour ces entreprises expéditrices, le système de Hub est évidemment le meilleur des systèmes, car permettant la desserte de destinations innombrables. Il serait très souvent impossible de les créer, faute d’un flux de marchandises suffisant pour assurer la rentabilité de liaisons point à point.

Tout ce que nous venons d’écrire pour les passagers vaut aussi pour le fret.

Air France : 4éme transporteur de fret mondial. Dans les avions passagers navigue 51% du fret

L’idée que l’on puisse séparer le trafic passager de celui du fret est à première vue séduisante, mais là encore, on se heurte à des réalités économiques, qui éliminent cette fausse bonne idée.Dans la réalité, le transport aérien « Tout Cargo » est une activité à la rentabilité très marginale, car cette activité cargo doit payer l’investissement de l’avion.

Du fait d’avions au fuselage large, qui offrent de larges soutes, 51% du fret Air France voyage dans la soute d’avions passagers. L’investissement de l’avion étant payé par le trafic de passagers, la rentabilité de ce fret permet de compenser la faible marge du « Tout cargo ».

Si les avions passagers se posent à Roissy et qu’il faut transporter ensuite le fret vers Vatry, il est évident que la rentabilité du vol disparaît. Une compagnie aérienne n’acceptera pas de se mettre dans cette situation.

Il est donc illusoire d’envisager de mettre les avions cargos à Vatry et le fret des avions passagers à Roissy.

La Poste à Vatry : une impasse

Le PDG d’Airpost (ancienne Aéropostale) a indiqué que dès le 1er juillet 2003, La Poste allait réduire de 40% les volumes transportés par voie aérienne, pour les remplacer par des transports routiers et peut-être en TGV (discussions en cours avec la SNCF).

Il a rappelé que « 80% du trafic postal est constitué d’échanges entre Paris et la Province. Pour la Poste, il est donc impossible d’avoir des Hubs secondaires à Vatry ou à Châteauroux, pour y déporter une partie du trafic ».

« Si on avait fait le choix de développer Vatry, cela signifierait que le Sud de la France serait desservi à J+2 »

L’exemple de l’aéroport de Vatry montre clairement que c’est bien le marché qui choisit, et non l’inverse. Il est essentiel d’intégrer cette donnée dans le choix d’un aéroport.

Il ne s’agit pas de défausser ailleurs qu’en Ile de France les nuisances aériennes, mais de les partager équitablement

Certains pourraient penser que l’Ile de France cherche à se débarrasser des nuisances aériennes dues à un trafic dévolu à cette région. Ce serait inexact.

La demande d’un 3ème aéroport dans le Bassin Parisien n’est pas une réaction Francilienne égoïste, mais repose sur le constat suivant :

1°) Le système du HUB est une nécessité incontournable pour le transport aérien intercontinental futur. Ce système de HUB est le seul qui permette à toutes les villes des Régions d’être reliées à un nombre considérable de destinations, qui leur seraient inaccessibles sans cette concentration.

2°) Il ne peut s’exercer qu’à partir de Charles de Gaulle et une plate-forme qui soit en synergie, faute que d’autres aéroports en Région aient cette capacité, du fait d’une masse critique insuffisante.

3°) Cette nécessité de concentration sur Paris entraîne les résultats de trafic national suivants en 2001 :

- Paris vers l’international                       48,4 millions de passagers
- Paris vers les Régions                           9,6
- Paris vers les DOM                               3,5

Total Paris                  61,5 millions de passagers = 64% du trafic national

- Régions vers l’international                  18,7
- Régions vers Paris                                9,6
- Régions vers les autres régions              5,8

Total Régions              34,1 millions de passagers = 36% du trafic national

Paris assure 64% du trafic aérien français

40% du trafic de Paris résulte des passagers des Régions

Le partage des nuisances entre l’Ile de France et les Régions est donc équitable, car celles-ci ont le plus grand intérêt à l’existence d’un HUB puissant sur la Région Parisienne.


LE PROBLEME DU FINANCEMENT DE CETTE INFRASTRUCTURE

Dans l’argumentaire des opposants, on voit s’afficher l’affirmation : « la France n’a pas les moyens de cet investissement ».Il ne faut pas occulter que la dépense des quelques 8 milliards d’Euros de cet investissement, liaison ferroviaire et aéroport, s’étalerait sur près d’une vingtaine d’années, ce qui en change considérablement la perspective.

Il faut environ une quinzaine d’années pour qu’un aéroport soit construit et pendant une demi douzaine d’années, il s’agirait essentiellement de procédures administratives, peu coûteuses.

Après la 2éme guerre mondiale, il y avait beaucoup moins d’argent dans les caisses, et le PIB de la France était considérablement inférieur à celui d’aujourd’hui. Malgré cette France détruite, les gouvernants de l’après-guerre ont tout de même lancé des travaux considérables, comme la reconstruction du rail, des routes, les barrages hydro-électriques, les centrales nucléaires, les autoroutes.

Qui croira que ce qui a été fait après la deuxième guerre mondiale n’est plus à notre portée aujourd’hui ?

Il n’existe aucune justification à ce que l’Etat assume la totalité de la dépense de cet aéroport, dont l’essentiel du financement devrait être assuré par des investisseurs privés.


CONCLUSION

La politique est l’art des choix judicieux. Outre la nécessité technique et économique d’un aéroport dans le Bassin parisien, la donnée de l’Environnement ne doit pas être considérée comme la cerise sur le gâteau, mais comme une donnée fondamentale à prendre en compte pour qu’un consensus puisse s’installer sur un modèle de société.

En définitive, le précédent gouvernement avait fait un bon choix en décidant de la création d’un 3éme aéroport dans le bassin parisien, mais il s’était trompé sur le lieu, en occultant les données commerciales, qui sont la condition du succès d’un tel aéroport.

Il serait désastreux qu’une erreur stratégique soit remplacée par une autre, qui n’aurait qu’une vision à trop court terme, incompatible avec un aménagement du territoire à la mesure des besoins de la France du 21éme siècle.

Gaston GERMAIN
Ingénieur (R) CNAM aux Recherches de la SNECMA
Pilote privé IFR
Christian ROGER

Commandant (R) de Bord B747 Air France
Ancien Leader de la Patrouille de France
Ex-Pdt du Syndicat National des Pilotes de Ligne d'Air France

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