Observatoire
des
Nuisances Aériennes


Bureau d’études des nuisances aériennes
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Les approches à vue sont désormais interdites à Roissy et Orly !
Notre lettre au Ministre des Transports a été suivie d'effet.

 

C’était une demande que nous avions formulée auprès du Ministre des transports le 19 avril et nous sommes satisfaits d’avoir été entendus.
Elles sont donc interdites désormais sur les deux gros aéroports parisiens et seront traitées au cas par cas dans les aéroports régionaux, car elles permettent parfois de placer les avions sur des trajectoires de moindre bruit (exemple : Marseille).

Dans les nuisances sonores subies par les riverains, les approches à vue des avions de ligne sont la source d'une exaspération semblable à celles associées à des motocyclettes sans pot d'échappement qui traversent une ville en pleine nuit, réveillant des dizaines de milliers d'habitants. De quoi s'agit-il pour les avions ?

Quand la visibilité est bonne, le pilote a le droit de demander une approche à vue, qui est autorisée par la réglementation, si le contrôleur aérien en est d'accord. Dans ce cas, il poursuit son approche en gardant la piste en vue, en général en raccourcissant sa trajectoire et non plus en suivant aux instruments la trajectoire normale. Le pilote est libre de descendre comme bon lui semble, avec un plancher qui est l'altitude minimale de sécurité réglementaire, qui est par exemple de 500m par rapport au sol dans le sud d'Orly.

Bien entendu, ces approches ne tiennent pas compte des populations survolées par l'avion et occasionnent des nuisances sonores considérables. Ce dommage est évident de nuit, mais aussi de jour, car s'il fait beau, les gens sont souvent dehors et plus sensibles au bruit.

La décision d'interdire ces approches à vue a été prise dans de nombreux pays. Leur interdiction n'est pas du ressort de la Direction Générale de l'Aviation Civile (DGAC), puisque ces approches à vue sont autorisées par les règlements de l'Aviation Civile Internationale, que la DGAC applique, sauf ordre contraire du Gouvernement. C'est une décision à prendre par arrêté, donc au niveau politique.

Ces approches à vue sont une survivance d'un type d'aviation révolu et nous avons donc demandé leur interdiction au Ministre des Transports, par la lettre ci-dessous.

Notre lettre au Ministre des transports

Ministère des Transports
Monsieur le Ministre
246 Bd St GERMAIN
75007 PARIS

Le 19 avril 2002,

Objet : approches à vue des avions de ligne

Monsieur le Ministre,


Dans la recherche des solutions de moindre nuisances en matière de trajectoires aériennes se pose le problème des approches à vue, de jour comme de nuit et sur l'ensemble des aéroports français ouverts à la circulation aérienne commerciale.

Ces approches à vue sont toujours effectuées soit sur la suggestion du contrôleur aérien vers le Commandant de bord, ou sur la demande de ce dernier, avec l'approbation du contrôleur.

Pour les pilotes, c'est un exercice intéressant, car sortant de la routine habituelle des vols et permettant de vérifier la conservation du savoir-faire gestuel nécessaire parfois en situation de détresse. Dans ces approches, l'altitude minimale est celle de sécurité par rapport au relief, qui peut être de 2000 pieds sur la région parisienne, soit 500m par rapport au sol. Bien entendu, ces approches à vue s'écartent des trajectoires nominales et sont effectuées sans tenir compte des populations qui sont dessous.

Sur le plan des nuisances sonores, ces approches à vue sont donc une calamité pour les riverains qui les subissent, non seulement la nuit, à l'évidence, mais aussi le jour, car elles se font par beau temps, c'est à dire quand les habitants veulent profiter des activités de plein air, et à des altitudes très basses. A quoi servirait d'étudier avec attention des cheminements qui soient ceux d'un minimum de populations survolées aux altitudes les plus élevées possible, si ces approches à vue s'affranchissent de tout ce travail d'intérêt public ?

En ce qui concerne la sécurité de ces approches, elle ne peut être que source d'accident supplémentaire, car elles sortent l'équipage de son processus d'approche habituel. Les exemples ne manquent pas d'approches non stabilisées en poussée, vitesse, configuration d'atterrissage non complètement terminées à proximité de l'atterrissage, voire même d'erreur quant au terrain de destination.
A contrario et comme exemple vertueux, on citera les atterrissages de la compagnie Quantas à l'Ile Maurice, toujours effectués en procédure aux instruments, même par beau temps. D'autres compagnies, notamment françaises, étaient surprises de cette méthode prudente. Mais il est de fait que la compagnie Quantas n'avait jamais connu de catastrophe aérienne.

Sur le plan économique, le gain de temps s'évalue le plus souvent en secondes et ne sera jamais un argument que les directions des compagnies aériennes proposeront ou imposeront à leurs pilotes, préférant que l'accent soit mis sur la sécurité des vols, eu égard aux conséquences dévastatrices d'un crash en terme d'image.

Dans la quasi-totalité des grands aéroports internationaux, les approches à vue ne sont donc pas utilisées, soit parce qu'interdites, soit que leur usage a été découragé.

Monsieur le Ministre, il est hors de doute que dans le futur, les nuisances aériennes vont continuer à augmenter dans la région parisienne, du fait de la mise en service d'un 3éme aéroport dans bon nombre d'années et de la croissance naturelle du trafic, sauf crise majeure mondiale.

Dans ce contexte, les approches à vue n'ont plus leur place sur les aéroports commerciaux français, car elles n'offrent qu'un risque d'insécurité aggravé, pour une amélioration dérisoire de la capacité du trafic. Cette procédure est une survivance d'un type d'aviation révolu, qui n'a plus sa place dans un Transport Aérien qui est devenu une industrie où la sécurité est plus que jamais le critère premier. Les dommages causés aux riverains par ces approches sont énormes et provoquent une exaspération compréhensible de ceux-ci.

Dans votre communiqué et note du 10 décembre 2001, vous avez indiqué que " les approches à vue feront l'objet, par arrêté, d'une interdiction totale la nuit ". Nous pensons qu'une promulgation urgente de ce texte s'impose, non seulement pour la nuit, mais aussi pour le jour. Selon nous, cette disposition devrait être étendue à tous les aéroports français connaissant un trafic commercial important.

Dans cette attente, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre haute considération.

Christian ROGER
Président d'Alerte Nuisances Aériennes
Commandant de Bord Boeing 747 ®

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